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Work & The City - Le Monde selon Amazon, partie 1

published9 months ago
5 min read

Le Monde selon Amazon

WORK & THE CITY : L'ANALYSE

LE MONDE SELON AMAZON

Confinements à répétition, fêtes de fin d’années, soldes : difficile d’imaginer un monde sans Amazon. Son fondateur Jeff Bezos fascine, son histoire de librairie née dans un garage devenue le deuxième employeur des États-Unis est devenue mythique.

En préparant cette lettre, j'ai découvert que le projet s’appelait initialement « Cadabra », nom abandonné car trop proche de « cadavre »... CQFD. Derrière la révolution de nos manières de consommer, Amazon cache un puissant transformateur de nos méthodes de travail et de nos territoires. En bref, de nos vies. Pour le meilleur…. ou pour le pire ? On a voulu creuser le sujet, en deux volets. Partie 1 cette semaine avec un zoom sur les méthodes de travail.

Bonne lecture ! Et pour vous abonner si ce n'est pas encore fait, c'est ici !

L'ORGANISATION DU TRAVAIL À LA SAUCE AMAZON

Au commencement, les 14 principes fondamentaux

La machine Amazon a inventé un système de management fondé sur 14 grands principes, établis par Jeff Bezos lui-même.

Des « lois » affichées un peu partout dans l’entreprise. "Inventer et simplifier", "Apprendre et être curieux", "Privilégier l’action" : des préceptes dans l'air du temps et enthousiasmants, reflets de l'esprit start-up des origines. D'ailleurs, les innovations managériales d'Amazon sont imitées dans nombre d'entreprises, comme les "pizza teams", des équipes projets maintenues aussi petites que possible pour éviter la perte de temps en coordination et communication.

"Avoir souvent raison", "voir grand", "recruter les meilleurs" : les autres principes dessinent une idéologie qui valorise les profils "de type A", la performance individuelle et le fait de toujours pousser plus loin ses propres limites, quitte à mettre de côté l'entraide entre collègues. Chaque jour, le salarié d'Amazon doit être meilleur que la veille.

Photo Jud Mackrill sur Unsplash

Dès l’entretien d’embauche, la pression est palpable, comme le rapporte Benoît Berthelot, qui a passé trois ans à mener l'enquête de Seattle aux entrepôts français et a interrogé 150 salariés, anciens ou actuels.

Pour intégrer le géant de la logistique, les candidats passent une journée en entretien avec 5 ou 6 membres du service concerné. Pas question ici de s'intéresser à la vie du candidat, celui-ci doit démontrer ses capacités à partir de réussites concrètes. Le processus est dirigé par un « bar raiser » (celui qui élève la barre)...le tableau est posé. Les évaluations annuelles dénotent elles aussi. Les employés doivent demander à leurs collègues de rédiger trois faits positifs... et trois faits négatifs à leur sujet.

Mais c'est dans les entrepôts que le monde du travail selon Amazon est particulièrement décrié à longueur d'enquêtes.

Cadences effrénées et management analytics

Amazon y a inventé un mode de management qui associe surveillance des employés et exploitation des données au travers d’algorithmes. Dans ses entrepôts, l'entreprise dissémine une panoplie de capteurs pour suivre les faits et gestes du personnel.

Le journaliste Jean-Baptiste Malet a intégré Amazon en tant qu’intérimaire pendant la période de Noel, expérience qu’il raconte dans un ouvrage qui remonte à 2013. Il y détaille ces conditions de travail uniques, à la fois archaïques et ultra-modernes. L'organisation du travail très précise qu'il y a trouvé se veut mettre les potentialités des outils numériques au service d’une productivité inédite. Mais pour le journaliste pas de doute : ces conditions de travail relèvent du XIXème siècle.

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Photo Ruchindra Gunasekara sur Unsplash

Plus récemment, le Wall Street Journal rapporte les propos d'un salarié de 50 ans, travailleur de nuit dans les entrepôts. Celui-ci y évoque les collègues pour qui le travail s’avère insupportable et qui, épuisés, ne tiennent pas deux semaines. Les mécanismes de contrôle en place sont cruels : si l'algorithme détermine qu'un travailleur est trop lent, alors il peut conduire à son licenciement automatique. Une étude a révélé que 5,9% de ces employés subissent une blessure grave, un taux 80 % plus élevé qu'ailleurs dans l'industrie. Mais les auteurs de ces enquêtes colossales soulignent aussi que, malgré les cadences et les gestes répétitifs, certains salariés apprécient leur travail, jugeant l'expérience formatrice.

Il est indéniable que les témoignages diffèrent selon le poste occupé. Un écart avivé avec la pandémie lorsque les « cols blancs » se sont mis à travailler à distance, en sécurité depuis chez eux, quand leurs camarades « cols bleus » garantissaient la continuité de la livraison de milliards de colis depuis les entrepôts, à leurs risques et périls. Une incarnation du fossé entre travailleurs « essentiels » et « non essentiels », alors si commenté.

Les défenseurs d’Amazon, ou la montée des employés ambassadeurs

Pour faire face aux critiques, des employés se sont érigés sur les réseaux sociaux en défenseurs du géant à coup de buzz vidéo et de tweets qui marquent les esprits. Un levier de storytelling par lequel des employés acceptent bénévolement de répondre aux détracteurs de l’entreprise. Un article dresse le portrait de ces employés zélés. Ainsi de Madgalena, préparatrice de commandes et « ambassadrice réseaux sociaux ». Le schéma de communication est rodé : présentation de l’employé avant d’embrayer sur une défense des conditions de travail des préparateurs de commandes.

Syndrome de Stockholm ou attachement sincère ? Le podcast Travail en cours a consacré un épisode à ce nouveau rôle d’ambassadeur numérique qui pèse sur les salariés. Là encore, Amazon fait figure de précurseur. Reste à savoir s’il faut s’engouffrer dans la tendance…ou la fuir.

CR

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Du côté de Comme on travaille

🎤 La saison 2022 des podcasts est ouverte ! Comme on travaille est le premier invité de la deuxième saison du bien nommé "Bureau, fais ton office" : un podcast du cabinet en immobilier Upside Partners. Référence musicale dès le titre, questions précises sur le Flex office : cet épisode vaut le détour.

📸 Alors que nous étions encore en recherche de nouveaux bureaux, nous avons eu le plaisir de nous réunir dans le magnifique site de Comet La Défense pour bien démarrer l'année avec un shooting d'équipe. Stay tuned, le résultat arrive sur le site Internet prochainement !

🧩 Avec notre partner in crime Céline Munsch de l'organisme de formation Mue, nous déployons depuis un mois des sessions particulièrement enrichissantes pour managers autour de l'animation d'équipe à distance. Oubliez ce que vous savez sur la formation descendante : ces demi-journées sont un concentré d'expérimentation dans lesquelles nous transmettons notre passion pour l'intelligence collective et la discussion du travail en équipe. Des moments de partage riches, et qui nous permettent de rester en prise avec le vécu des salariés dans cette période si particulière. On adore !

À très vite !

Camille & Cindy & Maëva de Comme on travaille

Nous sommes Comme on Travaille, consultantes et facilitatrices spécialistes des nouveaux modes & espaces de travail. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets humains, en utilisant le co-design et les outils de l'intelligence collective. Nous sommes les bonnes fées qui viennent mettre du lien et emmener les équipes dans des projets complexes, souvent mal perçus au départ.
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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr