Work & the City : Semaine de 4 jours et bureaux


Semaine de 4 jours : ça change quoi pour nos bureaux ?

En août 2019, l’entreprise américaine Microsoft prit une décision originale pour ses bureaux japonais : elle décida de fermer ses portes le vendredi. Les 2300 salariés purent ainsi bénéficier pendant un mois d’un week-end de trois jours. Interrogés à la fin de l’expérimentation, 92% des salariés concernés déclarèrent leur préférence pour la semaine de 4 jours.

Si la popularité de la semaine de 4 jours n'est plus à démontrer, d'autres bénéfices ont pu s'observer chez le géant de l'informatique : avec le passage aux 4 jours, la consommation d’électricité avait diminué de 23% et celle de papier d’impression de presque 60%. De fait, la semaine de 4 jours constitue une raison de plus de se pencher sur la façon de rendre utile nos bureaux quand ceux-ci sont vides. Télétravail, flexibilité horaire, travail de partout : quels bénéfices collectifs tirer de ces lieux quand ils sont vides ? Nous vous proposons d'explorer la question avec la chronotopie, ce concept qui vise l’optimisation des espaces par rapport au temps. Déjà employé en urbanisme, ce concept a un vrai avenir en matière d'aménagement d'espaces de travail. Bonne lecture d'été !

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La semaine de 4 jours parée au décollage

L’idée de réduire, non pas le temps horaire de travail, mais le nombre de jours sur lesquels il est réalisé se répand à toute vitesse. En France, de plus en plus d'employeurs la mettent en place. Selon le ministère du travail, 10 000 salariés français réaliseraient actuellement leur semaine en 4 jours, une possibilité qui qui commence à éclore dans le secteur public, avec des expérimentations à l’Urssaf Picardie et bientôt à la métropole de Lyon.

Tout comme le télétravail, la semaine de 4 jours oblige à repenser l’organisation du travail, de la production et de la vie d'équipe y compris son appropriation des espaces de travail. Car si le télétravail génère déjà un véritable casse-tête en matière d'occupation du bureau, avec des jours vides et des jours pleins, c'est encore pire avec la semaine de 4 jours.

La chronotopie, un concept qui gagne à être connu

La notion de « chronotopie » désigne la prise en compte simultanée des dimensions temporelles (du grec chronos) et spatiales (topos). Il s’agit de penser l’espace en fonction des différentes temporalités. S'il est fréquent de ne pas séparer l’espace et le temps en philosophie ou en physique, cela n'est que rarement le cas en architecture ou en urbanisme où l'approche fonctionnelle a longtemps dominé avec son corollaire le zoning : à chaque activité son lieu, son quartier, qui vit et dort au rythme de celle-ci.

Avec la montée des préoccupations environnementales, la rareté du foncier et la prise de conscience du caractère insoutenable d'un rythme de vie basé sur une trop grande mobilité, le chrono-urbanisme veut réconcilier les activités et permettre leur alternance au fil de la journée, de la semaine et des saisons en mettant au point les espaces et les règles collectives capables d'accueillir cette succession d'usages, de besoins et de publics.

Cet approche compile « mutualisation », lorsque différents types d’usagers se succèdent sur un même espace pour en faire un usage identique ou analogue, «hybridation », quand un seul espace propose une diversité d’activités normalement sans lien, ou les deux ensemble. (Voyez un peu ce studio néerlandais et son "disappearing office" dont l’open-space se transforme à 18h en salle de gym ou en dancefloor grâce à un système de câbles et de un faux-plafonds. Radical pour la déconnexion. Et pour ceux qui veulent pratiquer la chronotopie en solo, voyez plutôt ceci.).

Des exemples connus de cette mutualisation vertueuse (vous verrez qu'ils sont rarement répandus) sont la mise à disposition de parkings d'entreprise au grand public le soir ou le week-end, pour ceux qui se rendraient au restaurant ou au spectacle par exemple, l'ouverture des cours d'écoles et leurs jeux aux enfants riverains pendant les week-ends et les vacances, la transformation d'un tiers-lieu de travail en local associatif les soirs et week-ends, etc.

Prêter ses bureaux et améliorer son empreinte sur le quartier

Du côté des bureaux, le taux de remplissage se stabilise à 55-60% en Europe, juste en-dessous du niveau d'avant Covid, obligeant les entreprises à réfléchir à ce qu’elles peuvent faire des espaces vacants ou sous-occupés. Cette baisse n’est pas seulement nuisible à l’entreprise d'un point de vue financier ou de la cohésion d'équipe, elle l’est aussi pour l'animation urbaine alentour. Les quartiers d'affaires s'en remettent à peine après le trou noir du Covid.

D'innombrables possibilités s'offrent aux entreprises qui adopteraient la semaine de 4 jours et voudraient mettre en oeuvre la chronotopie : continuer d'accueillir leurs salariés qui viendraient là pour leurs projets personnels (l'un des bénéfices de la semaine de 4 jours étant de pouvoir mener un projet associatif, entrepreneurial etc. en parallèle de son job), accueillir des jeunes et des étudiants qui n'ont pas les bonnes conditions pour réviser chez eux, des coworkers, abriter des associations, des artistes en quête d'un lieu pour répéter, des tournages, ouvrir sa cuisine d'entreprise à un restaurant d'insertion, à des ventes de produits locaux, etc. Les idées ne manquent pas, et l'association Bureau du coeur en est peut-être aujourd'hui l'incarnation la plus réussie.

Car derrière ce projet qui peut sembler utopique, se pose la question de l'organisation, de la gestion, et de l'animation de cette cohabitation d'usages. Les employeurs n'ont pas le temps disponible pour gérer cette complexité. Ils ont des préoccupations légitimes de sécurité, de confidentialité, de préservation de leurs installations sur lesquelles ils doivent être rassurés. Et c'est ce qui est peut-être le plus beau avec la chronotopie : derrière la richesse de ces cohabitations imprévues, de nouveaux modèles pour gouverner les quartiers de façon partagée sont à imaginer.

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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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