Work & the City : Aménager le bureau pour la génération Z


Aménager le bureau pour la Gen Z

« La génération Z est en quête de sens. » « La génération Z n'a plus le goût de la valeur travail.» Etc, etc.

Nombreux sont ceux qui prédisent l’évolution de l’entreprise pour répondre aux attentes d’une génération qui serait moins conformiste, plus flexible et surtout plus exigeante que les précédentes. Mais ces attentes sont-elles aussi uniformes qu’on le dit ? Comment caractériser le ou les rapports au travail de jeunes en proie à un monde aux multiples crises ? Et comment concevoir un lieu de travail adapté ?

Nous avons creusé le portrait d'une génération qui, si elle ne révolutionne pas le travail, en incarne le visage de demain. Bonne lecture, que vous soyez à la plage, à la montagne ou au bureau !

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Qu’est-ce que la « génération Z »?

En démographie, une génération désigne une sous-population qui partage des pratiques et des représentations communes du fait que ses membres vivent les mêmes événements historiques. La durée d’une génération est d'environ 15 ans. À partir de bornes temporelles, ce concept veut faire d’une sous-population un ensemble uniforme et peut négliger les différences entre ses membres, qu’elles soient culturelles ou sociales.

D'après le Pew Research center, la génération Z (qui succède à la génération Y-Millenials et précède la génération Alpha) rassemble les personnes nées entre 1997 et 2012 environ. Elle a grandi après le trauma du 11 septembre (pour les français, n'a pas connu la victoire de 1998 !), et se définit par son rapport étroit aux nouvelles technologies, en particulier le smartphone. Ces « zoomers », en opposition aux « boomers » du baby-boom, auraient en commun de nouvelles attentes vis-à-vis du travail et plus largement, de la société.

Une quête de sens propre aux jeunes ?

78% des 18 - 24 ans n'accepteraient pas un emploi qui n'a pas de sens pour eux, selon une étude récente de la plateforme d'emploi Monster. Déjà avant la pandémie, un sondage OpinionWay relevait que 57 % des jeunes seraient prêts à accepter un emploi moins bien payé s'il est plus porteur de sens.

Des résultats qui ont tôt fait de nous faire établir un lien entre jeunesse et recherche de sens. Mais d'autres études apportent un autre regard. selon lequel la recherche de sens semble corrélée aux niveaux de diplômes et aux catégories socioprofessionnelles d’appartenance de ces jeunes.

Pour la sociologue Monique Dagnaud ce sont les « trentenaires bien diplômés, voire très diplômés, assurés de leur position favorable sur le marché de l’emploi » pour qui « la réalisation de soi dans le travail compte plus que le niveau de rémunération et les attributs symboliques de la réussite ». L’enquête SomanyWays de février 2022 ne dit pas autre chose en révélant que 50% des bac+5 jugent indispensable de « contribuer par leur travail à résoudre des enjeux de la société » alors que seulement 34% des bac+2 ont cette aspiration.

Le sens au travail est d'ailleurs souvent amalgamé avec l'impact du travail sur le monde qui nous entoure. Mais cet intérêt n’est pas propre aux jeunes, il est largement partagé par les salariés. C'est ce que nous montre l'enquête réalisée par Welcome to the Jungle sur les générations : toutes les générations sont massivement sensibles à l'impact social, puis à l'impact écologique de leur entreprise, les "boomers" manifestant le plus grand écart entre l'un et l'autre.

Une génération qui n'a pas peur de sauter d'un emploi à l'autre

Si les employeurs sont si enclins à se transformer pour fidéliser la « Gen Z », ce n’est pas tant parce que ses préoccupations sont différentes que parce que celle-ci n’a pas de scrupules à changer fréquemment de travail. Pour s’assurer de garder la « Gen Z » entre leurs murs et limiter les coûts du turnover, les entreprises doivent rivaliser d’inventivité. Cette dernière n'a pas peur de démissionner, pas plus que du chômage, car l'entrepreneuriat leur offre une porte de sortie très valorisée.

Selon une enquête BVA de 2021, l'entreprise idéale pour les jeunes est certes celle qui prend en compte les questions environnementales et sociales (29 %). Mais les jeunes sont pragmatiques et valorisent l'entreprise qui crée de l'emploi et embauche (51% et 57%). Ils revendiquent un environnement de travail épanouissant, qui leur assure respect, reconnaissance et esprit d'équipe mais continuent de voir la rémunération comme majeure. Là encore, l'ebook de Welcome to the Jungle livre des clés utiles : plus que leurs aînés, les jeunes veulent avoir la possibilité de négocier leur salaire et évoluer dans l'entreprise.

Pas la peine de penser qu'une politique de télétravail fera la différence : ce dernier est soit considéré comme un minimum, soit effraie, car les logements des jeunes sont exigus et ceux-ci n'aiment pas se sentir éloignés du groupe.

Quels espaces de travail pour la gen Z ?

« Digital natives », les jeunes ont vite fait d'être associés aux aménagements variés et flexibles qui se répandent dans les entreprises. Mais dans le cadre de nos projets, nous rencontrons régulièrement des vingtenaires virulents dans leur opposition à ces modèles.

Qu'est-ce qui peut expliquer ce paradoxe ? D'abord, en tant que récentes recrues ayant besoin de s'intégrer, les jeunes salariés peuvent se montrer plus sensibles aux signes extérieurs de reconnaissance qui assurent qu'on a bien sa place dans l'entreprise et que le confort du salarié est considéré. Ils n'ont pas encore construit les repères ni adopté les codes qui leur permettent de se sentir suffisamment à l'aise pour naviguer dans les différents espaces du bureau. En ce sens, les conséquences psychologiques du Flex office doivent être bien appréhendées lorsqu'on s'engage sur cette voie.

Ensuite, du fait de son rapport étroit aux nouvelles technologies, cette génération valorise le besoin de concentration. Elle revendique (légitimement) le fait de pouvoir s’isoler afin de mieux contrôler les sources de distractions qui menace la qualité du travail.

Pour conclure, ajoutons que si c'est du sens que veulent les jeunes, concevoir un bureau qui replace au coeur de ses murs l'histoire de l'entreprise, ses valeurs, sa mission et ses singularités, et qui accorde de l'importance à la durabilité de ses choix d'aménagements, ne pourra être que bénéfice à l'ensemble des salariés.

On a repéré aussi...

⛱️ Rendre son attrait au bureau en permettant de travailler à l'extérieur ? C'est le parti-pris du projet 1811 Sacramento St à Los Angeles. L'immeuble en cours de construction veut en finir avec le bureau climatisé pour lui préférer de vastes espaces de travail extérieurs (20% de la surface totale), ombragés, végétalisés et rafraîchis de manière passive. Pour le promoteur Skanska, c'est la réponse aux enjeux climatiques et aux aspirations des salariés à l'heure du télétravail. Hâte d'en voir la déclinaison dans nos contrées moins ensoleillées !

🚊Derrière l'amour du télétravail..le rejet des transports ? C'est ce que semble dire ces chiffres sur la fréquentation du bureau dans les différentes régions des États-Unis début 2023. Le Mid-West affiche un insolent pic d'occupation à 60% quand la côte est atteint péniblement les 25%. L'explication ? Des politiques de télétravail plus strictes...ou bien des trajets plus courts et plus supportables.

Du côté de Comme on travaille...

📝 Notre dernier article pour Welcome to the Jungle traite d'un sujet qui nous est cher, la co-conception dans les projets de bureaux. Si vous réfléchissez sur le sujet, nous vous conseillons de le lire pour y piocher des conseils et retours d'expérience très concrets d'entreprises !

🎤 De retour dans un podcast ! C'est au micro de Léa Audrain, du podcast Le Tilt, que Camille Rabineau revient sur son parcours et réfléchit à la manière dont l'espace de travail peut s'intégrer dans les réflexions personnelles sur le job idéal et le fait de trouver sa voie.

À la prochaine, Camille Rabineau & l'équipe de Comme on travaille

Cette newsletter vous est préparée par Comme on Travaille, cabinet de conseil spécialistes des nouveaux modes & espaces de travail. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets humains, en utilisant le co-design et les outils de l'intelligence collective. Si vous aimez nos analyses et souhaitez nous encourager, pensez à nous pour vos conférences, ateliers et accompagnements de projets liés aux nouveaux modes de travail dans votre organisation !
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Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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