Work & The City - Bureaux : ça bouge dans le secteur public !


Bureaux : ça bouge dans le secteur public !

Cet été, nous avons sollicité les lecteurs de Work & the City pour leur demander leurs avis et idées d'amélioration pour la newsletter. L'un d'entre vous nous a suggéré de faire des focus par secteurs d'activité. Dont acte, et nous commençons par le secteur public, un secteur sur lequel il y a pas mal d'idées reçues et qui fait pourtant évoluer ses pratiques de travail. Pour cela, nous avons interviewé Sigrid Berger, la fondatrice de Profil Public, une start-up dont la mission est de redorer la marque employeur des administrations.

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Interview de Sigrid Berger : l'évolution des modes de travail dans le secteur public

CoT : Sigrid, en tant que dirigeante de Profil Public, vous êtes aux premières loges des transformations managériales et culturelles de l’administration. Quelles sont les principales préoccupations des acteurs publics en la matière ?

S. B : La grosse difficulté que nous percevons, c’est la difficulté de recrutement et le déficit d’attractivité de la fonction publique. Le nombre de candidats aux concours de l'État a été divisé par trois en l’espace de vingt ans. Cela implique une remise en question, qui passe par une transformation managériale et culturelle. Beaucoup d’organisations publiques ne se sont pas questionnées sur leur organisation du travail, leur culture, le sens. La mission de service public ne fait pas tout. Profil public a conduit récemment une étude à l’international et nous avons démontré qu’il faut laisser la place à l’expérimentation, au droit à l’erreur, laisser des marges de manœuvre et davantage de pouvoir d’agir aux agents publics. De plus, La communication n’était pas dans l’ADN du secteur public, le terme même de marque employeur n’était pas du tout dans les codes quand j’ai démarré Profil Public. Il y a un vrai enjeu à faire connaître la diversité des métiers et les transformations.

CoT : Comment les employeurs publics abordent-ils l’évolution des espaces de travail, notamment dans le cadre de « l’après » pandémie ?

Ce que je remarque, c'est que ceux qui sont pionniers sont pionniers sur tous les sujets ! Que ce soit avant ou après la pandémie, il y avait ceux qui avaient déjà expérimenté un format un peu "hybride" entre télétravail et bureau, et d’autres qui ne s’étaient pas du tout préparés. Certains d'entre eux n’étaient pas du tout équipés en ordinateurs portables ou alors avaient toutes leurs archives en papier. Les acteurs qui ont porté une réflexion sur le bureau avant le Covid sont souvent partis d’une problématique de recrutement, ils avaient un gros turn over. Je peux citer l'exemple de l’Arcep chez qui les jeunes faisaient leurs débuts, puis étaient débauchés par le secteur privé. L'Arcep a lancé une démarche collaborative en interne et sur la base de ses résultats, a mis en place davantage de télétravail ainsi qu'un nouvel environnement de travail ce qui les a mené à déménager.

CoT : Le bureau est-il un sujet qui enthousiasme ou qui effraie les agents publics ? Sur les projets de réaménagement de bureaux que nous accompagnons dans le secteur public, nous remarquons une certaine lassitude des agents publics de se voir entraîner vers des évolutions qu’ils assimilent au monde des start ups, dans lesquels ils ne se reconnaissent pas forcément. Ils se sentent parfois injustement « ringardises ».

S.B : Il y a un point d’alerte à souligner, au sein du secteur public. Il y a beaucoup de métiers non télétravaillables, des métiers de terrain. Il y a toute une galaxie autour du service aux usagers qui risque de mettre de côté ces réflexions là. Souvent dans ces sujets là, il y a pu avoir des dérives avec des approches un peu cosmétiques, où on aura mis un babyfoot sans ré-interroger la façon de travailler, parfois les collectifs ne sont pas encore mûrs. C’est un sujet qui renvoie aux pratiques internes de travail, et c'est tout qui doit suivre y compris la digitalisation des outils. C’est une problématique qui doit être menée en associant le plus de monde pour que cela fonctionne. Ça peut aussi être intéressant d’expérimenter à une petite échelle, pour tester et prendre les bonnes mesures si le résultat déçoit.

Merci Sigrid pour ces réponses et le temps accordé à Work & the City ! Retrouvez l'étude internationale de Profil Public.

Nos 5 conseils pour la réussite d'un projet de bureaux dans le secteur public

📣 Impliquer l'ensemble des acteurs : élus, tutelles, partenaires...le secteur public a comme charme de reposer parfois sur des organisations complexes et multi-partites. Afin de ne pas se prendre un retour de bâton et de gagner du temps, posez-vous en amont sur la gouvernance du projet.

🧰 Penser aux métiers de terrain : les ministères, les collectivités locales...quasiment tous les acteurs publics comportent des métiers de terrain, qu'ils soient tournés vers l'accueil du public ou l'intervention technique. Nous avons remarqué que ces métiers ont néanmoins souvent un bureau : pour passer régler des détails administratifs, pour faire des points d'équipe, récupérer du matériel. Il convient d'interroger le besoin de ces populations et d'identifier les solutions adéquates pour y répondre tout en optimisant l'usage des mètres carrés.

📋 Évaluer la présence du papier : bien que le secteur public fournisse des efforts importants pour digitaliser ses outils et ressources, il reste à l'heure actuelle des circuits papiers. Il faut donc bien les identifier et les prendre en compte, notamment lors de la mise en place d'aménagement plus ouverts ou mutualisés, dont la réussite repose en partie sur la réduction du papier.

⚗️Pousser les limites de la créativité : comme nombre d'organisations en ce moment, le secteur public surveille ses budgets et l'économie des projets d'aménagement est souvent une contrainte forte. Il ne s'agit pas de renoncer à des aménagements ambitieux, nouveaux, plus variés, mais de chercher à être ingénieux en misant sur le réemploi, le mobilier seconde main, le mobilier fabriqué en Fab-lab à partir de plans open source (super idée pour un moment de cohésion d'équipe d'ailleurs) et les bonnes idées et talents des agents pour décorer et personnaliser les espaces !

🎛️ Des curseurs à placer : un point commun que nous remarquons chez nos clients publics, c'est d'exprimer une certaine méfiance pour ne pas dire plus vis-à-vis de concepts ressentis comme venus de l'univers des start-ups, inadaptés à leur culture. Notre approche est alors de ne pas stigmatiser tel ou tel concept mais plutot de chercher, avec les agents, à identifier le juste endroit où positionner le curseur pour faire changer les pratiques sans brusquer : jusqu'où pousser les modes de travail collaboratifs ? l'ouverture et le partage des espaces ? Mettre au point des solutions uniques pour casser les clichés plus qu'appliquer des recettes toutes faites, c'est ça innover !

On a repéré aussi : Comme on travaille recrute !

Si vous êtes passés à coté de notre recherche du ou de la futur·e membre de Comme on travaille, voici l'annonce ! Nous avons déjà reçu de belles candidatures mais le processus est toujours ouvert. Vous êtes évidemment invités à partager aux jeunes actifs et diplômés autour de vous, qui s'intéresseraient au sujet du futur du travail et qui auraient envie de participer au développement d'une jeune pousse !

Comme nous aimons partager les pépites issues de nos lectures, voici une sélection d'articles en écho à notre recrutement :)

🏢 Une entreprise sur trois disparaît avant 3 ans et seulement 4 % des structures pérennes à cinq ans créent des emplois. Un article instructif de The Conversation qui nous rend aussi humble que fières !

✨ La gentillesse, valeur phare des équipes qui réussissent ? Lors de la rédaction de la première offre d'emploi publié par Comme on travaille, je me souviens avoir écrit rechercher des personnes "gentilles". Un qualitatif rarement vu sur ce type d'annonces. À croire que ça fonctionne finalement !

🪧 Est-ce que les candidatures chez Comme on travaille vont se bousculer comme les passants pour aller rendre un ultime hommage à la reine Elisabeth ? En tous cas nous avons trouvé drôle et instructif cet article sur la science des files d'attente.

Camille Rabineau & l'équipe de Comme on travaille

Nous sommes Comme on Travaille, consultantes et facilitatrices spécialistes des nouveaux modes & espaces de travail. Nous accompagnons les entreprises déterminées à faire de leurs projets d'aménagement des projets humains, en utilisant le co-design et les outils de l'intelligence collective. Nous sommes les bonnes fées qui viennent mettre du lien et emmener les équipes dans des projets complexes, souvent mal perçus au départ.
Présentez-nous votre projet en prenant un RV téléphonique
ici !

Camille Rabineau - Comme on travaille - camille@commeontravaille.fr

Camille Rabineau

Urbaniste, experte des nouveaux espaces de travail, je partage dans ma newsletter Work & the City des perspectives sur l'évolution du bureau, des modes de travail et leurs impacts sur la ville.

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